Les cinéastes d’ARTE veulent maintenant résoudre la crise climatique en abandonnant l’énergie éolienne et les voitures électriques

Non, ce titre n’est ni appât à clics, ni exagération, mais bien le message immédiat du documentaire „La face cachée des énergies vertes“, réalisé par ARTE. Le titre a été traduit très librement pour le public allemand de „La face cachée des Énergies vertes“ à „Umweltsünder E-Auto?“ (Pollueur – voiture électrique?).  Le sujet, produit par Jean-Louis Pérez et Guillaume Pitron, est sous-titré „Le revers de la révolution énergétique – une enquête“.

C’est doublement trompeur, il s’agit ici de bien plus que de simples voitures électriques.  Et franchement, le point d’interrogation aurait dû être remplacé par 3 points d’exclamation, car à la fin des 89 minutes, il ne reste rien de l’apparente ouverture quant aux résultats, supposée dans le titre en Allemand. Pendant la rédaction de ce texte, le documentaire a été visionné plus de 500.000 fois sur YouTube. Cette œuvre apparait comme le petit frère européen de l’absurde „docutainment“ de Michael Moore „Planet of the humans“.

Il y a plusieurs parallèles entre les deux productions : toutes deux tentent d’aborder le problème extrêmement complexe d´une économie mondiale durable. Néanmoins, les deux films ne donnent la parole à aucune des personnes ayant quelque chose de solide et fondé à dire sur le sujet. Au contraire, on nous y présente une multitude de pièces du puzzle sans pour autant réussir à les assembler en une image globale sensée. Pour les déclarations à caractère scientifique, il n’existe aucune source ou alors des sources anciennes, on nous balance des termes bien trop simplistes comme „vert“ et „propre“, qui accompagnés de musique lugubre, dégagent un maximum d´atmosphère anxiogène.

Si je voulais énumérer toutes les erreurs que l´on peut trouver dans „La face cachée des énergies vertes“, il me faudrait probablement écrire une série de dix articles. Mais ce ne serait pas très accessible, et on risquerait de s’ennuyer dès la troisième partie, car les épisodes du film ARTE alignent une série de répétitions de la même recette dramaturgique bien connue :

  1. On choisit une technologie „verte“.
  2. On recherche les éléments chimiques qu´elle requiert.
  3. On prend l’avion pour aller à l’autre bout du monde, dans des zones minières d’où sont extraits ces éléments
  4. On en documente les abus et on interroge le plus grand nombre possible de personnes malheureuses
  5. On souligne avec de la musique sinistre et on conclut que la technologie verte est la seule et unique cause de la souffrance montrée.

Vous garnissez maintenant le tout de quelques bribes d’interviews d’“experts”, de chiffres si possibles faramineux et difficiles à interpréter, et d´images de personnes nageant dans le bonheur en Europe. Car ces personnes utilisent cette technologie verte par pur égoïsme, et ne se soucient guère du sort des personnes concernées à l´autre bout de la planète. Et voilà la séquence vidéo générant un taux d´ indignation maximum :  des individus prospères qui, dans leur propre objectif d’air pur, polluent l’air des autres.

Pour que les réactions et commentaires bouillonnent vraiment de rage et d’indignation face à cette formidable hypocrisie, il faut surtout éviter d’établir un bilan exhaustif des technologies actuelles. Ainsi, il faut commencer par poser des questions rhétoriques qui suggèrent le scandale, notamment que les technologies vertes sont pires que tout et que cette vérité est réprimée par des forces obscures. A la minute 1:45  du documentaire, le narrateur nous questionne :

„Et si la promesse des énergies propret n’était qu’un leurre ? Le remède ne risque-t-il pas d’être pire que le mal des énergies fossiles“ ? (Ces questions ne seront plus reprises)

Oui, effectivement, ce serait grave. Mais, ce ne sont quelconques individus qui ont proclamé que l’énergie éolienne et solaire sont les technologies les plus respectueuses du climat ; au contraire, ce sont de nombreux scientifiques qui se sont penchés sur la question et sont parvenus à des résultats sans équivoque. Les réalisateurs veulent-ils vraiment savoir, au sens littéral, à quel point ces technologie sont „propres“ ?

Passons en revue la recette décrite plus haut en utilisant le premier exemple, la voiture électrique :

Ici, on commence par des arguments abusifs, afin que le documentaire puisse répondre à des positions infondées, facile à critiquer. Par exemple a la minute 1:24:

„Les gent sont convaincus, on les a convaincus que s’ils roulaient tous en voiture électriques, on aurait résolu tous les problèmes de CO2“

Pour preuve, un entretien avec le responsable des relations publiques de BMW France suffit. C´est bien connu : ces gens disent toujours et rien que la vérité dans leur communication : l’industrie automobile a réalisé un „volte-face rapide“ en faveur des voitures électriques, alors que la gamme électrique du constructeur allemand ressemble au rayon fruits et légumes du supermarché un samedi soir à 21h30.

Les réalisateurs veulent paraître aussi investigateurs que possible, mais ils se laissent prendre à ce tour de passe-passe promotionnel et commettent la prochaine erreur : „Si l’on en croit les constructeurs, la voiture électrique n’a que des avantages.” Il est étrange que les fabricants eux-mêmes retardent le passage aux moteurs électriques depuis des décennies et parlent constamment d’être ouverts à toutes nouvelles technologies, tentant dans le même mouvement de vendre des moteurs à essence le plus longtemps possible.

La porte-parole met en garde :

„Demain, des centaines de millions de ces véhicules vont rouler partout sur la planète.“ (6:08)

Ouille, c’est certainement mauvais, non ? Des centaines de millions ?! Même des centaines de millions de chiots semblerait menaçants. Mais voilà : il y a déjà près de 1,3 milliard de voitures sur la planète, et nous en produisons actuellement près de 70 millions par an dans le monde. Oui, en quelques années, l’humanité va produire des centaines de millions de nouvelles voitures, mais c’est le cas depuis au moins les années 1980. En tant qu’activiste pour un tournant durable dans les transports,  évidemment, je ne pense pas que ce soit une bonne chose, mais cela a très peu à voir avec les voitures électriques.

Dorénavant, les réalisateurs s’en tiendront à la recette décrite ci-dessus de manière exemplaire et énuméreront en deuxième toutes sortes de matières premières nécessaires à fabriquer des voitures électriques. Guillaume Pitron s’intéresse particulièrement aux terres rares, c´est sans doute dû au fait qu’il a déjà réalisé un film sur le sujet „Rare Earths: The Dirty War“ (Terres rares : la  guerre sale) en 2012. Diverses terres rares sont également utilisées dans la production des voitures à combustion, mais avec le néodyme, l’une d’entre elles, se trouve au cœur de certaines voitures électriques : dans le moteur. Le documentaire tourne ici autour de la vérité et affirme :

„Sans néodyme, la voiture électrique ne pourrait tout simplement pas rouler.“ (8:04)

C’est une vraie farce, car les voitures électriques à moteur asynchrone fonctionnent généralement sans aucun aimant permanent (néodyme). La Tesla Model S montrée dans le documentaire était également pourvue de moteur sans néodyme jusqu’en 2018, et l’Audi e-tron quattro, la Mercedes EQC ainsi que la Renault Zoé fonctionnent également sans ce métal. En outre, il s’agit d’un composant isolé qui peut être extrait à 100 % de la voiture arrivée à son terme d´utilisation.

Même si cette histoire de voiture sans néodyme est donc assez bancale, les réalisateurs suivent leur recette dramaturgique à la lettre, passent au point 3 et se rendent maintenant à Baotou, une grande ville de Mongolie intérieure, qui est si l´on peut dire la capitale mondiale de l’extraction des terres rares. Ce n’est pas tant parce que ces terres rares ne sont pas présentes ailleurs, mais plutôt en raison de la volonté du gouvernement chinois d’autoriser la production sans aucune restriction environnementale de poids.

En conséquence à cette politique on trouve à 16 kilomètres du centre de Baotou, un lac artificiel d’environ 7 kilomètres carrés, dans lequel sont déversées les eaux usées très polluées des compagnies minières. Tim Maughan de la BBC l’a qualifié de „lac dystopique, toxique et cauchemardesque“ et sur Google Maps, il semble qu’un monstre mutant puisse en surgir à tout moment. Mais ce n’est pas nouveau, la société minière d’État Baogang y exploite des terres rares depuis 1958. Selon les agriculteurs interrogés par le Guardian, des malformations des plantes potagères ont déjà été observées à la fin des années 1980, et dix ans plus tard, ils ont complètement cessé de les cultiver pour manque de croissance.

Nous arrivons au point 4 : l’interview d’une agricultrice âgée qui a dû abandonner son exploitation en raison de risques sanitaires et qui témoigne de la contamination de l’eau du robinet. Un destin qu’elle partage avec des millions d’autres anciens habitants des campagnes chinoises. Les images sont très fortes et constitueraient un élément de journalisme précieux si la conclusion n’était pas si désastreusement erronée (point numéro 5) :

Nous entendons dire le narrateur, des images d’architecture grise en arrière-plan :

„Dans les faubourgs de Baotou, des milliers de villageois commencent une nouvelle vie dans des cités-dortoirs sans âme. Ce sont les 1ers réfugiés des technologies vertes.“ (20:13)

80 secondes plus tard :

„C’est au prix de ces nouvelles pollutions, à l’autre bout du monde, que nos éoliennes, nos panneaux solaires et nos voitures propres purifient l’air en Europe. Comble du paradoxe : les émissions de gaz à effet de serre continuent d’aggraver le dèrèglement climatique à l’échelle de notre planète.“ (21:45)

Certes, cela semble tout à fait dramatique, mais c’est l’une des accusations les plus invraisemblables et les plus scandaleuses que j’ai entendues depuis longtemps : ils ne sont en aucun cas les „premiers réfugiés“ alors que des terres rares y sont exploitées depuis 62 ans. Ces destructions de l’environnement ne sont en rien „nouvelles“, puisque les agriculteurs en ont remarqué les effets toxiques dès les années 1980. Et les terres rares ne comprennent pas seulement le néodyme pour les moteurs électriques, mais bien 17 autres éléments qui sont utilisés dans toutes sortes de produits :

Dans l’éclairage des stades, les appareils à rayons X, les vélos de course, les lasers, la fibre optique, les barres de combustible nucléaire, les LED, les écouteurs, les enregistreurs vocaux, les moteurs d’avion, la coloration du verre et, plus intéressant encore, les filtres à particules, les pots catalytiques automobiles et les bougies d’allumage. En d’autres termes, la demande de ces métaux – qui font qu´aujourd’hui la région à l’ouest de Baotou ressemble plus à Mordor qu´à des terres agricoles fertiles- existe depuis des décennies et les moteurs à combustion eux-mêmes y ont joué leur rôle.

La communauté mondiale y achète depuis longtemps ces métaux pour toutes sortes de produits quotidiens et en a déjà produit des millions de filtres à particules et de pots catalytiques. Pour une meilleure qualité de l´air en Europe ! Apparemment, personne ne s’y est intéressé jusqu´alors, surtout pas Jean-Louis Pérez, ni Guillaume Pitron ou qui que ce soit de la programmation d´ARTE.

Mais maintenant que ces métaux sont utilisés pour fabriquer des machines avec lesquelles nous espérons pouvoir combattre la crise climatique, les auteurs essaient de à toute force d’établir un lien de cause à effet univoque entre les voitures électriques et la quasi-totalité de l’extraction mondiale de terres rares. Comme s’il suffisait de continuer à conduire des voitures diesel, et hop, le lac chimique radioactif de Baotou redeviendrait une prairie paradisiaque.

Il serait juste de comparer ces destructions environnementales avec toutes les autres destructions environnementales causées par l’économie fossile à l’échelle mondiale. Les forêts de mangroves contaminées, les enfants kenyans, qui recyclent des batteries au plomb, les accidents de pétroliers, les forêts déboisées au Canada, les fuites de méthane ou les conséquences d’un réchauffement rapide de la Terre fourniraient également de bonnes images pour remettre en question notre consommation, mais elles ne sont probablement pas assez noires et blanches pour cette histoire.

Cette procédure indigne est maintenant répétée plusieurs fois avec les matières premières que sont le graphite, le cuivre et le lithium. Ensuite, nous verrons des images de la plus grande mine de cuivre mondiale au Chili. Il existe des dizaines d’utilisation du cuivre, mais selon le documentaire, il n’y a bien sûr qu’une seule cause :

„Avec les besoins en métaux ordinaires comme le cuivre, de nombreux autres pays se retrouvent affectés par la production des énergies vertes. Au nord du Chili, les dégâts sont déjà perceptibles.“. (24:46)

Vient ensuite le passage absurde et quasi obligatoire pour les documentaires de ce type, lors duquel on tente à l´aide de toute sorte de contorsion et à tout prix d’exagérer les dégâts climatiques causé par les voitures électriques :

„Comme partout ailleurs en Europe, [la voiture électrique] est louée par les politiciens et les industriels. Même si nombres d´entre eux connaissent depuis longtemps son réel impact écologique“.

Le film gaspille maintenant 10 minutes entières à documenter l´apparent impact écologique négatif des voitures électriques avec un rapport datant de 2009 (!). L’agence ADEME aurait alors conclu que les voitures électriques ont le même impact environnemental que les moteurs à combustion. Le film oublie qu’on est en 2020 et commente à ce sujet :

„Comme partout en Europe, politiques et industriels en font aujourd’hui sa promotion. Même si beaucoup connaissent son véritable bilan écologique depuis longtemps.“ (46:00)

Wow. Est-ce le niveau de recherche et de sérieux d’ARTE ? L’utilisation d’un rapport non spécifié de 2009, qui contredit tout ce que la recherche sérieuse dans ce domaine a publié en 2020. Accompagné d’une déclaration non plausible, comme si tous les politiciens en Europe s’engageaient pour les voitures électriques. En attendant, il y a dans la réalité des courants conservateurs ou libéraux qui préféreraient poursuivre la recherche sur le diesel propre durant encore 50 ans, et qui se prétendent ouverts à toutes les technologies.

La recherche dans le secteur des batteries et des énergies renouvelables connaît actuellement tellement d´avancées que même les études de 2017 sont complètement dépassées. Grâce à des technologies plus efficaces et à des volumes de production plus importants, les voitures électriques sont déjà nettement plus respectueuses du climat que les voitures à combustion, même lorsqu´elles sont rechargées à l’aide du mixe électrique allemand, qui en 2020 comprenait 23 % d’électricité à base de charbon. Plus important encore, les voitures électriques offrent la possibilité d’être fabriquées et utilisées de manière totalement neutre sur le plan climatique, ce qui n’est pas le cas des voitures à combustion.

ARTE, en revanche, donne l’impression que les lobbyistes des voitures électriques influencent ces résultats en essayant de maintenir les émissions pour l’extraction des matières premières en dehors du bilan. Aujourd’hui, 11 ans après ce rapport, il est difficile de déceler qui a influencé quelles parties de ce rapport, aussi parce qu’une fois de plus aucun document ou source n’a été lié à cette „documentation“ et que la page d’accueil de l’ADEME ne propose aucun résultat pour la recherche „voiture électrique“.

Jean-Louis Pérez et Guillaume Pitron ont-ils enchaîné ces 89 minutes de bêtises juste parce qu’ils étaient gênés par l’image propre des véhicules électriques ? Parce qu’un groupe automobile a imprimé le mot „propre“ dans sa brochure publicitaire, ils vont maintenant cumuler 20 000 miles de vols intercontinentaux afin de prouver ce que tout le monde sait depuis longtemps déjà ? Bien sûr, même une voiture électrique n’est pas „propre“ en soi.

Le mot „propre“ se réfère principalement aux émissions locales. Les voitures électriques ont été simplement définies comme „Zero Emission Vehicle” (véhicule à émission zéro) par l’autorité environnementale californienne, car elles avaient besoin d’une solution pour Los Angeles, une ville régulièrement confrontée au smog. Oui, cela ne résout pas les problèmes de l’industrie des matières premières ou du conflit au Moyen-Orient, mais quel produit le fait ? La plupart des gens devinent probablement deviner tout seul que 2 tonnes de métal et de composites ne proviennent pas de fermes biologiques. Néanmoins, Pérez et Pitron s’attendent à ce que les énergies renouvelables soient propres à tout-égards et fondent toute leur argumentation sur cet élément insensé.

Conclusion :

C’est l’un des pires documentaires que j’ai dû voir depuis longtemps. Même si c´était RTL9 qui avait diffusé de telles absurdités, ça n´en serait pas moins hointeux. Qu´ ARTE ait-eu l’idée de diffuser cette chose, mal conçue sous toutes les coutures, me dépasse.

Dans leur documentaire, Jean-Louis Pérez et Guillaume Pitron tentent d’analyser deux des plus grands problèmes de l’humanité et échouent fatalement : la crise climatique ainsi que les conséquences du capitalisme mondialisé et accéléré. Ces deux sujets sont si complexes, il existe des experts pour les deux disciplines, qui passent leur vie entière à la recherche de stratégies pour résoudre ces problèmes. On aurait  pu les interroger. Une chaîne de média ayant l´exigence d’ARTE aurait dû les consulter et se referer à leur expertise.

Au lieu de cela, un journaliste de formation juridique (Guillaume Pitron) et un historien (Jean-Louis Pérez) se font leur propre opinion sur ce qu’il faut faire maintenant, divisant le monde entier en une espèce de schéma bon-méchant ressemblant à la Guerre des Etoiles. Dans ce monde, tous les politiciens en Europe sont obsédés par les voitures électriques, toute la Norvège est adepte de la „religion“ de la mobilité électrique (minute 40:30) et tous, avec les „prophètes de la transition énergétique“ (minute 59:15), dissimulent le fait que même les voitures électriques et l’électricité pour les recharger doivent venir de quelque part.

Ce qui est vraiment grave, c’est que ces deux sujets nécessitent une attention réelle et particulièrement urgente, documentée avec réflexion et compétence. Bien sûr, notre soif de ressources toujours plus grande est un problème, mais déjà bien avant que les premières voitures électriques modernes soient produites. Malheureusement, il n’est pas nouveau que les pays pauvres aient tendance à avoir une législation moins stricte en matière de santé et de sécurité et que nous, les habitants des pays riches, bénéficions du fait que ces personnes risquent leur santé pour satisfaire notre consommation. Ceci peut déjà être vérifié dans le rapport Brundtland de 1987.

Non, je ne veux pas non plus que les citoyens de Baotou aient à vivre à côté d’une gigantesque décharge de déchets toxiques radioactifs. La stratégie „Mieux vaut continuer à utiliser du diesel et arrêter de construire des éoliennes“ ne changera pas le bassin de déchets toxiques, mais elle nous fera avancer vers des points de non-retour climatiques dangereux – ce qui aura un impact en premier pour les personnes les plus pauvres. D’ailleurs, ce n’est pas seulement la consommation mondiale qui est responsable de l’empoisonnement des sols, mais aussi le gouvernement chinois, qui a probablement supprimé les quotas d’exportation pour obtenir un monopole.

On peut critiquer cela avec verve, mais pas de cette façon, ni en se concentrant sur une seule industrie ! Depuis des décennies, nous achetons des produits apparemment bon marché produits dans le monde entier, des vêtements, des produits électroniques ou d’alimentation, mais les technologies avec lesquelles nous espérons combattre la plus grande crise de l’humanité, elles, sont censées provenir de sources 100 % fiables avec leur propre circuit, parce qu’elles sont supposées être „propres“ ? Laissez-moi rire.

Oui, afin d´économiser les ressources, nous devrions réduire la production de voitures. Les voitures électriques ont un potentiel particulièrement grand en la matière, car leur conception implique qu’elles ont une durée de vie beaucoup plus longue que les voitures à moteur à combustion. En effet, elles ont beaucoup moins de pièces d’usure mécanique. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles les fabricants ont longtemps résisté. Ils continueraient d’ailleurs à le faire si Tesla ne les obligeait pas à changer. D’ailleurs, cette adhésion aux énergies fossiles pour un peu plus de profit contre toute logique, est aussi un aspect discutable du capitalisme, que ces journalistes peu rigoureux, laissent complètement de côté en prétendant simplement que tous les constructeurs automobiles se sont jetés sur le buzz des voitures électriques.

Mais l´aspect le plus destructeur de cette œuvre, tout comme dans le film de Michael Moore, „Planet of the humans” (Planète des humains), c’est que le film ne propose aucune solution réelle et laisse son public impuissant et avec un sentiment de désespoir. La conclusion est que la transformation du système énergétique dépend de la croissance économique et qu’il faut rester „sur la voie rapide du toujours plus” en termes de ressources.

Cela ne pourrait pas être plus faux, car en passant aux énergies renouvelables, nous économisons des quantités gigantesques de matières premières : Nous consommons chaque année des milliards de litres de pétrole brut, de mètres cubes de gaz naturel et de kilos de charbon. Ce sont également toutes des ressources qui sont extraites de la Terre quelque part sous une destruction environnementale massive. Et une fois brûlés, ils ont disparu. En termes humains, pour toujours, car leurs création aura durée des millions d’années. Le taux de recyclage est ici de zéro, car nous transformons ces matières premières en gaz d’échappement et en gaz d’effet de serre.

Nous brûlons et consommons ces précieuses ressources sans pouvoir en réutiliser aucune. Ainsi, une économie circulaire n’est jamais possible. Avec la voiture électrique à batterie, en revanche, l’utilisation durable pendant la durée du produit et, au-delà, même un recyclage efficace des ressources, la réutilisation de celles-ci et, finalement, le début d’une économie circulaire est atteignable – ce qui résout précisément le problème principal du gaspillage et de la demande augmentant sans arrêt de nouvelles ressources.

À la toute fin, dans les 25 dernières secondes du film, une proposition de solution est brièvement abordée : l’humanité devrait renoncer à la croissance et apprendre le renoncement. Voilà. C’est la solution proposée à la crise du climat et des matières premières : pourquoi ne pas s’en passer un peu ?

Désolé, mais cette proposition est juste extrêmement mauvaise. Certes, la biosphère ne peut supporter encore 10 ans près de 8 milliards de personnes avec le profil de consommation d’un Américain, mais ce n’est pas une solution pour la transformation de notre système énergétique ! Même si nous nous ressaisissons tous, que nous baissons nos chauffages à 16 degrés, que nous supprimons 90 % des voitures et que nous réduisons de moitié notre consommation d’électricité, nous émettrons encore des centaines de mégatonnes de CO2 par an rien qu’en Allemagne. Ce n’est pas non plus une solution pour l’exploitation excessive des matières premières, car même dans mon scénario de renonciation, nous avons besoin de matières premières, même en quantité moindre.

L’objectif est d’atteindre à l’avenir un bilan carbone neutre en mettant en place une économie circulaire. Cela ne nous avance en rien d’opposer les deux sujets et de prêcher ensuite un peu de renoncement. La crise climatique n’est pas un régime dans lequel on saute la barre de chocolat du soir et le dessert à midi pour espérer atteindre une taille de guêpe. Nous avons besoin de solutions qui permettront aux gens de se chauffer sans nuire au climat dans dix ans, d’obtenir de l’électricité sans nuire au climat et d’être mobiles sans nuire au climat. Nous ne pourrons pas le faire sans matières premières tant que personne ne construira de cellules solaires à partir de pommes de pin et de mousse. Cela peut sembler profane, je sais, mais les auteurs n’ont manifestement pas compris cela.

ARTE a laissé deux personnes qui ne comprennent pas la crise climatique réaliser un film sur la transformation du système énergétique. Ou ne veulent-elles pas la comprendre ? Ceci est une opinion personnelle, mais l’interview des climatosceptiques (1:19:27) de l’initiative anti-éolienne „Vernunftkraft“ ainsi que le fait que le film entier n´évoque pas les effets du réchauffement climatique, suggère que Pérez et Pitron ne prennent pas la mesure de la menace des émissions climatiques aussi sérieusement que la recherche scientifique sur l’impact climatique.

Cela pourrait au moins expliquer pourquoi ils ont réalisé ce film très manipulateur, que le lobby des énergies fossiles est probablement en train de célébrer avec du champagne et des amuse-gueules au saumon. Il s’agit d’une déclaration de faillite en termes de recherche documentation, de transparence et de mise en perspective nuancé, et elle aura un effet durable sur mon image d’ARTE en tant que chaîne média (et pas pour le meilleur).

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Post scriptum :

Si des rédacteurs en chef des médias financés devait lire ce texte, une demande générale : vos documentaires pourraient peut-être se passer de termes tels que „propre“, „vert“ et „bon pour l’environnement“ et indiquer clairement de quoi il s’agit ? Un produit peut être respectueux du climat tout en causant de la pollution (voiture électrique). Il peut être biodégradable à 100 %, mais il peut aussi polluer le climat (une vache). Il peut consommer beaucoup d’eau et en même temps être très précieux pour l’écosystème (un arbre).

Veuillez utiliser des sources et ne pas couper les interviews de manière à ce que l´on ne puisse pas, en tant que téléspectateur, dire à quelle question la personne répond et sortir les propos de leur contexte. Veuillez expliquer et présenter qui vous interrogez et quelle est leur expertise dans le domaine. Ne remplacez pas la recherche par une musique de fond lugubre et dépensez plus d’argent pour le journalisme que pour des vols de drones au-dessus des mines de minerai.

 

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